L'AVENTURE AUTOMOBILE DE JICEY
La Jicey, une Formule 1 française

La Jicey, voiture de course innovante et moderne, conçue et réalisée par Jean Caillas est exposée au salon de l’automobile le 23 octobre 1947. Elle est présentée parmi des voitures de course prestigieuses : la Delage course 3 litres, la DB à moteur Citroën 2 litres et la monoplace Talbot 4.5 litres.
Bugatti présente sur son stand un moteur 1500 cm3 d’une future monoplace. Il faut souligner qu’il est nécessaire de faire preuve d’une certaine audace pour présenter une nouvelle voiture de course dans le contexte d’après guerre où la préoccupation des automobilistes est encore de savoir comment se procurer de l’essence et à quel prix. Mais de l’enthousiasme et de la combativité, Jean Caillas en a à revendre.

La première monoplace Jicey à châssis en alliage léger AGS ne pèse que 23 kg et est dotée d’un moteur 4 cylindres 402 Peugeot Darlmat de 1991 cm3 alimenté par deux carburateurs Zenith inversés, développant 100 chevaux. Elle est équipée d’une boite électromagnétique Cotal. Avec sa carrosserie peinte en bleu France et sa calandre à la Cisitalia, cette monoplace française suscite l’admiration. Elle a d’ailleurs attiré les regards d’un jeune pilote de course Belge, Georges Berger, qui exploite avec son frère une importante entreprise industrielle. Après une visite à l’usine de Viroflay, il décide d’acheter la voiture. Une séance d’essais est organisée sur l’autodrome de Linas - Montlhery début novembre.

Georges Berger n’étant pas familiarisé avec le maniement du petit levier de la boite Cotal fait une fausse manœuvre et passe de la 4ème à la 1ère vitesse en provoquant un surrégime qui fait exploser le moteur ! Il faut donc en changer. Or, pendant le salon, il se trouve qu’un pilote français, Eugène Martin, qui a déjà un début de carrière de course sur une BMW 328 avait également remarqué la Jicey. Georges Berger ayant fait sa connaissance, décide d’aller chercher un moteur BMW 328 en Belgique. Il en achètera un et après avoir été préparé par Eugène Martin, Jean Caillas l’adapte sur la Jicey avec une boite de vitesses 327. Le sort en a décidé ainsi et l’alliance du châssis génial avec un moteur 6 cylindres BMW de 328 à 3 carburateurs en fait une voiture très performante capable de dépasser les 200 km/h.

Après une mise au point effectuée par Jean Caillas et son mécanicien René Foiret, la voiture est engagée par son premier pilote au Grand Prix du Roussillon le 25 avril 1948. Georges Berger se classe 4ème lors de la première manche. La fougue de ce jeune pilote qui ne connaît pas encore assez bien les réactions de la voiture l’entraîne à la sortie de route dans un fossé. La monoplace n’a qu’un peu de tôle froissée et Georges Berger, qui en est sorti indemne, est remis de force au volant pour terminer l’épreuve. Il reconnaît qu’il a une voiture de course extraordinaire avec une tenue de route remarquable et un châssis à la fois léger et d’une grande rigidité. Le moteur BMW est fort bien adapté ; le tout en fera une monoplace compétitive capable de battre des voitures beaucoup plus puissantes.

La Jicey sera d’ailleurs exposée au salon de l’auto à Bruxelles. Georges Berger participe le 30 mai à la coupe d’argent à Montlhery puis avec sa Jicey le 11 juillet au circuit des Remparts à Angoulême. René Foiret devient le mécano attitré de Georges Berger. En 1949, Georges Berger prendra le départ de courses importantes comme le Grand Prix de Bruxelles et la coupe d’argent à Montlhery. En 1950, Georges Berger court au Grand Prix du Mans , au Grand Prix de Rome et se classe 9ème au Grand Prix d’Allemagne. Mais l’heure de gloire arrivera le 28 mai 1950 au Grand Prix des Frontières à Chimay. Ce jour là, Georges Berger, grâce à sa Jicey, monte sur la 3ème marche du podium, battant de nombreuses Veritas et Maserati, mais surtout la Ferrari 166 MM de Hermann Roosdorp.

L’aventure Jicey sur tous les grands circuits d’Europe ne fait que commencer car début 1949, Jean Caillas construirera la 2ème Jicey qui se distinguait par le fait que le chassis était riveté et non soudé. C'est Eugène Martin, pilote aguérri, qui la pilotera avec succès puisqu'il se classera troisième sur l'ensemble de la saison 1949. Mais c'est surtout le 21 juin qu'il remportera une brillante victoire au circuit d'Aix les Bains en bataillant jusqu'à la dernière seconde avec la Ferrari de Maurice Trintignant. Les deux monoplaces Jicey restèrent longtemps compétitives puisqu'en 1953, Eugène Martin gagnait sa catégorie 2 litres à Montlhery et que le premier chassis participait encore en 1945 au Grand Prix des Frontières aux mains du belge Roger Meunier.

La Jicey se refait une beauté

Plusieurs fois rachetée, nous avions perdu la trace de la Formule 1 française. Elle fut retrouvée au début des années 2000 au fond d'un garage en Belgique. Jean Caillas a alors entreprit de la restaurer en France. Aujourd'hui sa remise en état continue d'avancer et nous espérons la voir un jour courir à nouveau lors de grand prix des légendes.

L'AVENTURE AUTOMOBILE DE JICEY

JRD pour Jicey Racing Development



Préparateur de moteur de haute compétition Toujours très inventif, Jean Caillas dépose au début de l’année 1968 un nouveau brevet pour un type de joints composé d’une feuille de métal ou de fibre recouverte sur les deux faces par une pellicule d’élastomère. Au-delà des résultats probants obtenus en laboratoire, il voulut tester son invention sur des moteurs de compétition. Il acheta donc une voiture de formule 3 qui avait, comme la plupart d’entre elles, un moteur Cosworth 1000 cm3 dérivé de celui de la Ford Anglia. C’était l’ancienne voiture du pilote François Cevert.
La voiture équipée par le moteur revu par Jean Caillas fut pilotée par Patrick Perrier qui débutait. En attendant d’obtenir sa licence, il courait des courses de côte, ce qui permettait d’apprécier la qualité des nouveaux joints. En 1970, Patrick Perrier, licence en poche, s'engagea dans différentes courses et c’est alors que Marcel Morel, ayant plus d’expérience que Patrick Perrier, proposa de devenir pilote d’une formule 3 préparée par Jean Caillas qui a acheté une deuxième Tecno à Robert Mieusset, Le deuxième contrat fut le même que celui passé avec Patrick Perrier. La voiture appartenait à Jicey, Marcel Morel la pilotait et en assurait l’entretien.

Un soir en rentrant d’une course à Montlhéry, Jean Caillas rencontre le célèbre journaliste Jean Bernardet qui lui affirma que la formule 3, 1000 cm3, était morte, et que l’année suivante, allait voir l'avénement de la formule 1600 cm3, Il ajouta que cela allait être catastrophique car aucun préparateur n’était capable de tirer des moteurs nouvelles formules, des puissances suffisantes.
Et Jean Bernardet d’ajouter en s’adressant à son interlocuteur : « Vous connaissant, vous devez avec le moteur de la Renault 12 Gordini faire beaucoup mieux que les autres ». Jean Caillas remodela le moteur de fond en comble pendant 4 mois durant l’hiver 1970/1971. Le secret ayant été ébruité par Marcel Morel qui avait surpris Jean Caillas essayant son prototype un dimanche après midi, Claude Henault, l’un des responsables du centre de recherches Renault, le testa sur un banc d’essai et obtint 115 chevaux à son grand étonnement. Dans le petit monde du sport automobile, la nouvelle fit rapidement le tour et de nombreuses écuries firent savoir qu’elles étaient très intéressées par l’achat de ce moteur.

Jean Caillas qui n’avait fait cette étude qu’à titre de loisir sans envisager une quelconque suite commerciale, comprit qu'un marché s'était formé et créa JRD, Jicey Racing Development, une filiale de la société Jicey qui s’installa à Thiverval près de la piste de karting.

Un palmares impressionnant

Le concessionnaire Tecno, pour la France, commanda l'installation d'un moteur JRD pour Christian Ethuin dans un châssis et fit une superbe démonstration lors de la première course à Montlhéry. Le lendemain, Jean Caillas était convoqué dans les bureaux de la Tour de la Défense par François Guitter, responsable compétition du pétrolier ELF qui lui dit d'une manière incisive : "J'ai vu hier votre moteur à Montlhéry, vous étiez devant tout le monde. Cela fait un an que nous travaillons chez Alpine et ce n'est pas aujourd'hui que nous allons nous faire battre par quelqu'un que nous n'attendions pas. Vendez-nous immédiatement 5 moteurs pour équiper nos Alpine. Votre prix sera le nôtre. Sinon, je ferai en Sorte qu'aucun concessionnaire Renault ne vous livre les pièces dont vous aurez besoin !"


Mignotet, le motoriste historique d'Alpine dont Jean Caillas dit qu'il est « certainement l'un des meilleurs techniciens moteurs du 20ème siècle » mit à sa disposition ses deux bancs d'essai. Pendant la première année, JRD a formé près de la moitié du plateau de la production des moteurs 1600 F3.
De son coté, le service compétition SIMCA commanda à JRD des moteurs préparés à partir de celui de la Chrysler 180 pour la "Coupe Simca Shell 2 litres". Ils achetètent des moteurs par lots de 50. Patrick Perrier a gagné deux années de suite la Coupe Simca Shell 2 litres.

JRD prépara un moteur pour la voiture de Moynet, ministre des sports de l'époque, permettant de remporter aux 24 heures du Mans la catégorie deux litres avec un équipage féminin mené par Michèle Mouton. Lors des premières années du Paris-Dakar, toutes les 4x4 Niva de l'écurie Lada Poch ont été propulsées par des moteurs 2,2 litres JRD. Le palmarès JRD est impressionnant mais l'immense succès de JRD s'arrêta net une nuit d'octobre 1975 avec l'incendie criminel de l'usine JRD.

Textes : Pierre Fouquet Hatevilain, journaliste